Ouroboros

Obscurité

01. Obscurité

Le vide. On pense à gagner du temps mais il n’est pas question de temps ici. Il n’a pas plus de sens qu’il n’y a de lieu et d’existence dans cet ici inconsistant. Seules rôdent des ombres, invisibles et aveugles coquilles en quête de leur propre liquidation. L’absence de début recherchant sa fin.

Absence

01a. Absence

A l’ombre de feuilles tombantes, tout à été préparé pour accueillir la vie. Mais les branches ne se tournent que vers l’absence : ce n’est rien d’autre que le vent et le silence qui caressent ces places, accompagnés par la rouille et par la poussière. Passages fantômes et cris aphones, ce lieu est hanté par le manque.

Ombre solitaire

01b. Ombre solitaire

C’est le temps qui manque à la solitude. Une ombre parmi les ombres est en quête de quelque chose, mais elle ne sait pas ce qu’elle cherche. Alors elle attend, croisant sans jamais toucher les silhouettes se mouvant autour d’elles. Ses pensées sont fugaces, autant que le temps est éphémère.

Creux

01c. Creux

Ici pleuraient deux saules aux troncs entrelacés. Sous leurs larmes venaient s’abriter des enfants, vivant, parlant, criant, imaginant. Les arbres protecteurs et les gamins jacasseurs formèrent une mémoire commune. Mais les saules ont été arrachés. Un linceul de neige recouvre la blessure.

Cendrier

01d. Cendrier

Dans la fissure, les cendres se déposent dans l’indifférence. Les ombres glissent et viennent, brûlant d’une effroyable flamme froide, convaincues de leur consistance. Des contacts manqués, il ne reste que des déchets, des vies consumées. Nées poussière, elles redeviendront néant.

Apparition

02. Eveil

Le réel et l’impossible n’ont aucun sens. Mais pourtant, quelque chose apparaît dans l’obscurité. Une idée, une présence, un éveil. Une noyade dans un océan d’absence. Le vagissement d’un nouveau né dans le vacarme du silence. L’ombre d’une entité capable de dire je.

Derrière les barrières

02a. Derrière les barrières

Mes yeux s’ouvrent et mon regard se heurte aux barrières d’une pensée en éveil. Au delà s’étend un morne espace à la blancheur balafrée. Quelque chose a bien dû trancher ce linceul, mais non, je m’égare… Car au delà de cette terre morte se trouve une nouvelle barrière, une clôture aux troncs larges et aux branches décharnées. L’espace est une prison.

Porosité

02b. Porosité

Les sens se réveillent. La couleur de l’obscurité et l’odeur du vide ne m’empêchent pas d’entendre le silence crier. C’est une curieuse sensation que de caresser le néant et d’avaler le goût de la cendre. Les sens ne sont jamais aussi vifs que lorsqu’ils ressentent pour la première fois.

Fange

02c. Fange

Il y a ceux qui se complaisent dans la fange. Il y a ceux qui s’y noient, las et désespérés. Il y a ceux qui parviennent à ne garder que les pieds dans la vase et tentent de croître pour toucher les nuages. Il y a ceux qui se dévorent les jambes, grandissant dans l’espoir de franchir le ciel. Je me redresse, la face encore engluée.

Affirmation

03. Affirmation

Je suis là. Perçant le voile du rien, touchant le vide. Je et eux font deux. Présence immuable et incontestable ; Un regard ferme et étonné : je ne vois rien. Je n’aperçois qu’une peau, invisible auparavant, frôlant le néant. Je suis là, et je me vois.

Devant les barrières

03a. Devant les barrières

Mon regard s’élance et mes yeux regardent au delà de la barrière. La vie est possible, je vis et j’existe. Je prends possession de la barrière, je deviens la barrière, je suis la barrière ; Elle n’est plus qu’un support endurant ma présence implacable, les débris d’une prison que je piétine fermement. Je remplis l’espace. Je crie.

Voie noire

03b. Voie noire

Mes pas foulent l’obscurité. Devant moi s’est ouverte une voie, la voie noire portant ma voix vers l’horizon infini. Autour se dressent et se tordent les plants torturés de ma conscience, une forêt de sensations mortes, une foule de désirs avortés. Je marche pour atteindre. Je cours.

Les mots en mouvement

03c. Lire en mouvement

Dans ma course, je prends les mots. Les mots, les mots, les mots, les mots… il faut toujours dire… Ils ne me conviennent pas, alors je les tords, je les arrache, je les déchire, je les avale puis les vomis. C’est une épreuve difficile, mais ils finissent parfois par être docile.

Larmes en mouvement

03d. Larmes en mouvement

Dans ma course, les sens subissent. Les larmes attendent mais n’ont pas eu le temps de couler. Alors je les sème autour de moi, dans l’indifférence sournoise et le heurt profond. La vitesse pour le temps qui agresse, le recueil pour porter le deuil, il faut choisir. Je ne choisis pas.

Une lueur

04. Une lueur

Qu’est-ce que c’est ? Cela bouleverse l’horizon noir, l’ordre du monde semble ruiné. Ce qui était constant ne l’est plus. L’inaltérable a été altéré. C’est nouveau, c’est quelque chose qui perce l’obscurité, peut-être comme je l’ai fait moi-même ? Qui est-tu ?

Lumière pendue

04a. Lumière pendue

Des lumières pendues, sacrifiées sur l’autel de l’absence… Non ce n’est pas ça. Bien que destinées à embrocher l’obscurité, elles sont en fait noyées par celle-ci, éternellement condamnées à baisser la tête. Mais en surplomb, une lueur se moque d’elles, une étincelle de liberté. Est-ce toi ?

Ruines

04b. Ruines

Ravagées par la destruction, souillées par l’humiliation, des ruines se dressent alentour. Tu ne peux pas comprendre, je ne peux rien faire. Et si tu pouvais ? Et si j’expliquais ? Nous pourrions reconstruire cet endroit dévasté et nous enfuir plus vite. Mais je ne peux pas ; Tu ne veux pas.

Réconfort

04c. Réconfort

Ce n’est pas grave. Une chaleur est toujours réconfortante. Je dis toujours, mais je ne savais pas. La lumière permet de démasquer les ombres : alors nous nous voyons – sans vraiment nous regarder – et nous nous pressons vers la même consolation. Un soutien tacite et froid.

Toi, sur le mur

04d. Toi, sur le mur

Toi, là-haut, que fais-tu ? Comment es-tu arrivé là ? Tes couleurs sont vives, mais ton mur est gris et froid. Tu es inaccessible et tu regardes ailleurs, alors à quoi bon te contempler ? Ta moue m’affecte et me rend triste, mais je suis incapable de te donner le bonheur que j’aimerais avoir.

Éblouissement

05. Eblouissement

Douloureux, c’est cela, je souffre de te voir. Je n’ai que trop voulu regarder et je me brûle les yeux. Tu consumes mon regard ; je t’aimais, je te hais, nous avons tout détruit ; tu es là, tu me vois, vous ne comprenez pas ; C’est si haut, tu es trop, je ne suis pas assez ; Balayé, dévoré, je ne peux plus supporter. Je ferme les yeux et j’oublie.

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