Capricorne

Tourbillons, tourbillons, typhons de souplesse et de douceur. Elle était là, dans les bois, plongée dans la quiétude du crépuscule. Avec grâce, elle se mouvait au rythme d’une musique dont seule la forêt connaissait le secret. Les pas délicats de la créature foulaient la mousse sauvage avec tendresse, sans la blesser, comme si elle dansait sur les nuages. Sa peau, sombre et lumineuse comme une nuit étoilée, reflétait les ombres qui glissaient sous la courbure de ses flancs.

Un mouvement de tête, le cou qui se cabre, les cornes majestueuses qui ornaient son front se dévoilèrent sous la lumière sélénite.

Tourbillons, tourbillons, on appelait cette nymphe Capricorne. C’était un esprit de la nature, une incarnation de la beauté sauvage dont la chorégraphie insufflait la vie sur son passage. Elle était toujours entourée de lucioles, virevoltant avec harmonie autour de ses enjambées précieuses.

Un bras qui s’élance, les doigts qui se tendent, une grâce féline pour adoucir le monde.

Tourbillons, tourbillons et volutes dans l’espace, à la lisière des feuilles et du vent. Capricorne dansait, mais ses pirouettes se faisaient plus lourdes à mesure que la Lune traversait le ciel. De la rouille souillait ses genoux. Plus Capricorne dansait, plus la corrosion se répandait.

« Pourquoi continues-tu de danser ? » lui demanda une luciole.

« Pourquoi continues-tu de respirer ? » lui répondit Capricorne. « La danse est comme l’air que tu respires : indispensable à la vie. Je danse le monde, je danse pour le monde, pour que le monde danse comme moi jusqu’à ce que je danse comme lui. »

Tourbillons, tourbillons. La nymphe était comme l’espace, une étendue infinie de lueurs éphémères. La luciole versa une larme. Capricorne continua de danser. À chacun de ses entrechats, les petits insectes lumineux continuaient de se lamenter, tandis que la rouille continuait de grandir. Capricorne dansait encore, toujours, son corps rayonnant d’une vie de plus en plus fragile.

Puis l’inévitable survint. Ses genoux s’écorchèrent. Ses paupières se fermèrent. Son ballet s’était arrêté. Les lucioles s’unirent en une ronde silencieuse. Elles virent l’ultime présent que la nymphe leur avait laissé : taillé dans la rouille, un sourire. Une douce faille sur un visage apaisé.

Les orphelines dansèrent alors, chantèrent avec la forêt la mélodie de leur petit cœur abîmé. Elles levèrent les yeux. Là-haut, derrière le feuillage protecteur, les étoiles brillaient de mille feux. Il y avait un petit peu de Capricorne dans cet éclat éthéré.

Tourbillons, tourbillons.

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