écriture

Le Dentifrice

Épuisé. Comme ce reste de dentifrice qui vous dure trois mois. Il ne reste rien. Presque rien. Mais en pressant avec suffisamment de douleur, il est peut-être possible de recueillir un résidu. Une miette. Une poussière. Sinon, il est toujours possible de passer à l’autopsie.

Prenez votre tube, saisissez-vous d’un scalpel et tranchez. Écartez la peau et découvrez les entrailles. Elles devraient être vides et desséchées, mais en raclant bien, on trouve toujours quelque chose. Allez-y. Vous récupérez du dentifrice qui ne ressemble plus tout à fait à du dentifrice. Moins pâteux, encore plus informe.

Vous noterez un goût particulier. Votre langue connaît cette saveur, votre palais le reconnaît bien. Mais vous, vous savez que ce n’est pas le vrai goût. C’est le souvenir du goût. Des cendres aux couleurs d’une bûche. Un crépuscule qui feint l’aurore. Un deuil avorté.

Ça grince, ça gronde, ça ne grandit pas

Ça grince, ça gronde, ça ne grandit pas. L’inertie dans l’effort, la main tendue mais le corps qui reste, pris dans les ronces, noyé dans le gruau. Une grue aux roues rouillées, les rouages usés, incapables de supporter la pression de l’armature. La tension boursouflée d’un flot qui ne peut se contenir. Incapable de céder. Ça pousse. Ça cogne. Ça crie. Ça veut sortir, mais ce suaire opaque freine, bride, refuse. La frustration suintante, la colère étouffée, les cheveux arrachés.

Castration

Parjure n’est pas encore publié. Mais ça va venir.

En ce moment, je me concentre surtout sur les travaux de l’atelier d’écriture. Parlons-en d’ailleurs, de cet atelier. Dans ma précédente rumination, je pensais pouvoir alimenter le blog avec des texte produits dans le cadre de l’atelier. En fait, les premiers textes n’étaient qu’une mise en bouche pour nous préparer à un projet bien plus important : la création radiophonique. Je travaille en binôme avec une camarade sur… l’adaptation radiophonique de Parjure.

Vous avez bien lu.

Ce choix peut sembler très orgueilleux. Et pourtant, je ne suis absolument pas confiant : ce texte est très expérimental et je n’ai aucune idée de la réception qu’il aura. J’avais cependant un sentiment particulier sur cette nouvelle, il m’a semblé important de travailler dessus. Ma binôme a bien aimé le texte et a accepté le projet. Nous verrons bien.

Nous rencontrons cependant des difficultés. Parjure est un texte très important pour moi. Ce projet me tient à coeur. Quant à elle, elle le voit comme un devoir de plus parmi une montagne d’autres. Comment travailler sur un même texte lorsque les passions ne sont pas les mêmes ?

En parallèle, j’avais en tête de travailler sur le roman. Impossible de m’y remettre. Le travail est tellement colossal… et à côté, il y a tellement de lectures (très lointaines de ce que je peux écrire) à faire que je me retrouve incapable de faire quoi que ce soit. Environ deux mille cent pages à lire en moins d’un mois… je vais devoir m’accrocher. Mais je suis paralysé.

Lorsque je souhaite me relancer dans l’écriture du roman, ma conscience me fait un véritable procès.

– Monsieur Michel, vous êtes accusé de ne pas fournir le travail nécessaire pour la réussite de vos études ! Qu’avez-vous à dire pour votre défense ?

C’est à ce moment là que je me recroqueville en position fœtale.

Mise au point

Cela faisait longtemps que je n’avais pas écrit sur le blog. Loin d’abandonner mes projets d’écriture, je m’étais presque exclusivement concentré sur Parjure, dont le premier jet est enfin terminé. Il m’a fallu environ un an et demi pour écrire cette trentaine de pages. Jamais je n’ai eu autant de difficultés à pondre un texte…

À présent, je suis soulagé, il ne reste que le travail de relecture (rébarbatif, mais moins éprouvant que l’écriture – pour cette nouvelle en tout cas) avant la publication.

Puisqu’en ce moment je me concentre essentiellement sur les travaux d’écriture en dehors du champ de ce blog, je vais trouver un moyen de l’alimenter : je participe à un nouvel atelier d’écriture ce semestre, je posterai donc les textes (s’ils correspondent au format du blog) produits au cours de cet atelier.

J’essaierai également de poursuivre les séries telles que les trajets et les captures, mais les publications dans ces rubriques devraient se faire moins fréquentes.

Enfin, le projet Edouard Languin n’est toujours pas abandonné, mais peut être considéré comme dormant…

Sursaut

Devant l’impossibilité de continuer ce texte qui me résiste depuis presque un an et demi, il m’a fallu souffler.

C’est l’événement principal de ce mois de novembre : je me suis lancé (encore) dans tout à fait autre chose pour me distraire de Parjure. Quelque chose comme la « pente » de Perec. Intéressé par l’écriture singulière et prenante de Clément Paquis (je vous invite chaleureusement à lire ses textes), je me suis laissé prendre à un exercice purement stylistique. C’est la première fois que je me lance dans ce genre de chose de mon propre chef. J’ai en effet toujours eu l’habitude d’écrire de façon sauvage, en déversant mes tripes (surtout celles de mes personnages, diront certains) sur le papier. Ici, c’est différent : l’intrigue, totalement secondaire, sert de prétexte pour faire du style. Le fond n’est pour autant pas négligé.

Le texte est déjà terminé, il sera bientôt publié.

En attendant, Parjure continue de pourrir dans son coin, menaçant de me contaminer une fois encore.

Ruminations à grande vitesse

Aller.

Il est commode d’avoir une place libre devant soi : on peut y perdre son regard, se réfugier là où personne n’existe.

Fuir la fureur de l’absence, vaincre la violence du silence, supporter l’insoutenable par cette scansion :

Dead is what he is ; he does what he please

The things that he has you’ll never want to see

What you’re never gonna be now

Sketch a little keyhole for looking-glass people

You don’t want to see him

You only want to be him

Mommy’s got a scarecrow, gotta let the corn grow

Man can’t always reap what he sow

~

Retour.

2013-10-08 18.02.29

Au milieu des tresses de néant, une lueur : un espoir ? Une illusion ? Apparaît-elle ou s’échappe-t-elle ?

~

La marche pour la dernière partie du trajet.

En ce moment, mon soucis avec l’écriture réside dans le projet. J’ai des choses à écrire, mais bien plus que le but à atteindre, je ne peux m’empêcher de voir l’immensité de la route à parcourir. Décourageant.

Louis-Ferdinand Céline l’a dit : le grand défaut de la jeunesse est de commencer plein de choses et de ne jamais les finir.

Il faut (simplement) adopter le temps, apprendre la patience et (bien) terminer ce qui est déjà entamé. C’est la seule solution.

C’est ce que j’ai fait pendant cette marche. D’habitude, je compte la distance qu’il me reste à parcourir et, devant ce chiffre toujours impressionnant, me hâte dans l’espoir de le réduire au plus vite. Résultat : je finis épuisé et en nage.

Aujourd’hui, je me suis contenté de marcher, de faire un pas après l’autre, sans me préoccuper du chemin qu’il me restait à faire. C’était apaisant.

Le courage d’écrire

Il y a environ un an, je me suis trouvé stérile après avoir commencé l’écriture d’une nouvelle, Parjure. Peut-être était-ce dû à ce que j’exprimais (ou comptais exprimer) dans ce texte. Tremper sa plume dans une plaie ouverte et sanglante est parfois productif, mais d’autres fois encore, il ne reste qu’une croûte à gratter. Je vous défie d’écrire avec des miettes en guise d’encre.

Car c’était cela : cette incapacité d’écrire m’a brisé en plein de petits morceaux et il m’a fallu un temps fou pour en rassembler quelques uns.

Grâce à l’atelier d’écriture, j’ai pu trouver la force d’abandonner Parjure pour me concentrer sur de nouvelles formes d’écriture, ainsi que sur un texte neuf.

L’achèvement de ce dernier m’a permis de mettre en ordre mes idées et de me relancer dans divers projets : les écrits d’Edouard Languin (à ce jour en stase, mais certainement pas abandonnés), le roman (disons qu’il progresse dans mon carnet et ma tête…) et surtout Parjure (qui s’écrit lentement, mais sûrement).

J’ai beaucoup d’attentes de Parjure, car c’est le texte qui m’a donné (me donne toujours) le plus de difficultés. Celles-ci résident surtout dans le propos : je sais ce que je veux dire, mais c’est une terrible violence que je me fais à l’écrire.

Il y a environ un an, je crois que je n’étais pas prêt. Nous verrons si je l’achève un jour… si, peut-être, je retrouve et recolle les morceaux éparpillés.

Du processus d’écriture : le territoire

   Les idées bouillonnent, mais les mots ne viennent pas.

   J’aménage alors mon espace afin de… je ne sais pas vraiment pourquoi, en fait, mais si ça ne m’aidait pas, je ne le ferais pas. J’installe un panneau devant ma fenêtre. Cela n’est pas aussi efficace que des volets fermés, mais on fait avec ce qu’on a. La pièce, ma chambre, est alors presque baignée dans l’obscurité. La lumière est pour moi une véritable agression, quelque chose d’agaçant qui s’impose à vous et vous empêche de penser correctement l’intérieur en faisant crier l’extérieur. L’écran d’ordinateur étant la seule source lumineuse, j’allume une lampe – bien baissée pour ne pas trop me gêner – afin de ne pas m’abîmer les yeux.

   Selon ce que je m’apprête à écrire, j’écoute de la musique soigneusement choisie, le but étant à la fois de purger les pensées et les émotions parasites, et en même temps de faire ressortir, mûrir, puis récolter les états d’âme qui imprégneront l’atmosphère de mon texte… C’est un peu comme percer un furoncle et en recueillir le pus pour badigeonner une toile. Méfiance cependant, il vaut mieux procéder à l’écoute de la musique avant d’écrire ou, au pire, lorsque l’on entame le texte. Une fois que l’écriture est lancée, la musique a une fâcheuse tendance à devenir elle aussi un parasite.

   Je ne me suis jamais fait à la position assise. Il n’y a bien qu’en cours que je m’assois correctement, selon les normes. Et encore, j’ai souvent tendance à progressivement m’affaisser jusqu’à être vautré sur ma chaise, avant de m’en rendre compte et de me redresser en guettant, gêné et rougissant, un regard accusateur du professeur – regard souvent fixé ailleurs, ce qui me rassure légèrement. Dans ma chambre, j’ai la chance d’avoir un grand fauteuil à roulettes et accoudoirs, me permettant de prendre une grande variété de positions, pourvu que ça ne soit pas cette forme atrocement carrée et rigide qu’est la norme assise. J’ai toujours au moins une jambe pliée, souvent avec un pied se blottissant sous l’autre cuisse – comme à l’instant où j’écris ceci – , ou bien un genou sous le menton.

   Si, avec cette préparation, les mots ne viennent toujours pas, c’est en général parce que j’ai beaucoup d’autres choses à faire. Et lorsqu’il y a trop de tâches qui s’imposent à moi – imposées par les autres et/ou par moi-même – , je ne fais rien.

Réveil

Cela revient.

Elle m’avait tellement manqué, mais j’avais également peur de la retrouver. Cette sensation, ce besoin d’écrire… J’étouffais dans une mare amère de miasmes beaucoup trop fermentés, mais maintenant, je commence à sortir la tête et à respirer, mon esprit bouillonne et se fertilise à nouveau.

Cela faisait des mois que j’étais resté bloqué, accablé devant l’impossibilité de poursuivre une nouvelle que j’avais commencée le printemps dernier. Il y a quelques jours, j’ai enfin réussi à franchir le pas et à passer à autre chose en entamant un autre texte, bien moins sujet aux fluctuations de mes intimitiés comme l’était le précédent. Je n’ai cependant pas fait le deuil de cette histoire, Parjure, mais si je la reprends un jour, il faudra peut-être repartir de zéro.

J’espère profiter de cet élan nouveau pour reprendre pour de bon mon activité d’écriture, bien que la crainte d’une rechute existe toujours.

Bouffée.

Réanimation

Écrire.

Je commence peu à peu à redécouvrir cette sensation propre à l’écriture qui permet de produire, de créer… Mais tandis que j’ai connu ce temps où les mots coulaient, fluides et prolifiques, aujourd’hui j’ai plutôt l’impression de tousser et cracher des cendres.

Mais je ne désespère pas, je suis persuadé que la machine repartira, que le cœur battra de nouveau, que le cadavre se réveillera.

Manquer de.