musique

Bleu nuit

La nuit coule et se languit. Bleue, la nuit lente et lisse. Elle ondule et glisse.

Une lueur qui tremble et qui jaillit, par-delà les ondes tranquilles. Une lueur qui naît. Une lueur qui commence à mourir. Déjà triste, déjà sourde, déjà blanche, la lueur. Et la poussière troublée qui souffle dans l’eau.

Elle s’étire, la lumière, elle se tord et se plie. Des doigts translucides qui ne s’achèvent pas, qui se tirent, qui se poussent, qui jamais ne repoussent. La nuit les recouvre de son voile, de son linceul, de son suaire et soupire.

Elle ondule et glisse. Bleue, la nuit lente et lisse. La nuit coule et se languit.

Écrire de concert

Là. Las d’un éternel bonheur passé ; mais a-t-il seulement existé ?

Sur les lentes rives coule l’espoir d’une attente, l’interminable commencement d’une fin, une lente agonie.

C’est ici qu’embarquent les lamentations silencieuses ; C’est ici que débarquent les illusions heureuses ; C’est ici qu’a lieu le naufrage de la volonté ; C’est ici que résonne le bourdonnement sans vigueur d’espoirs avortés, déchets, débris, épave d’un départ jamais amorcé.

Alors un souffle pesant encore, encore un léger fardeau alors, sur l’inépuisable étendue d’un horizon pâle.

C’est un bal de silences qui se supportent. C’est un jeu de regards qui s’évitent et s’échouent sur des berges invisibles, des morceaux de vide. C’est la lassitude d’une vie qui ne fut que rêvée.

Un avenir sans visage. Un soupir.

Trajectoires – Retour

Quelques heures plus tard, il fut de nouveau contraint à affronter le Léviathan. Harassé et épuisé par sa journée, il ne se sentait pas disposé à s’exposer au monde social. Il plaça alors soigneusement ses écouteurs dans ses oreilles et appuya sur le bouton de lecture, laissant au hasard le choix de la musique. Unkillable Monster, de Marilyn Manson. Il arriva à la gare, enfermé dans son univers, et attendit le train. Lorsque celui-ci arriva, tout en grincements et gémissements, il monta.

Comme il était peu disposé à observer ce qui l’entourait, trop occupé à se battre avec ses pensées intimes, nous ne nous concentrerons que sur ce que ses quelques sens vaguement éveillés ont perçu.

Départ.

~

Rails. Ciel. Machine à nuages. Rail. Parking. Rails. Train. Maisons. Rails.

Arrêt. Le Léviathan crache quelques passagers. Départ.

~

Rails. Immeubles. Herbe. Rails. Reflet. Rails. Tags. Train.

Arrêt. Le Léviathan se vide davantage. Départ.

~

Rails. Maisons. Rails. Quai. Entrailles du Léviathan.

 

Arrêt. Le wagon est à moitié plein. Départ.

~

Rails. Reflet de main. Rails. Quai.

Arrêt. Un train s’arrête sur le quai d’en face. Le wagon est presque vide. Départ.

~

Malgré la musique, il entend des gens parler très fort. Rails. Ciel. Immeubles. Maisons. Rails.

Arrêt. Descente.