nuit

Bleu nuit

La nuit coule et se languit. Bleue, la nuit lente et lisse. Elle ondule et glisse.

Une lueur qui tremble et qui jaillit, par-delà les ondes tranquilles. Une lueur qui naît. Une lueur qui commence à mourir. Déjà triste, déjà sourde, déjà blanche, la lueur. Et la poussière troublée qui souffle dans l’eau.

Elle s’étire, la lumière, elle se tord et se plie. Des doigts translucides qui ne s’achèvent pas, qui se tirent, qui se poussent, qui jamais ne repoussent. La nuit les recouvre de son voile, de son linceul, de son suaire et soupire.

Elle ondule et glisse. Bleue, la nuit lente et lisse. La nuit coule et se languit.

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Je suis une otarie droguée

Cette nuit, je suis une otarie droguée. J’ai vu avec horreur mille et une façons de contempler la mort de mes petits, au cours d’une série d’atroces cauchemars successifs. Je me réveillais en me lamentant à la façon des lions de mer, suppliant je ne sais quelle force de m’empêcher de me rendormir. Mais les effets assommants des stupéfiants dont j’avais abusé étaient plus forts : je sombrais à nouveau inévitablement, revivant chaque fois la même terreur, la même angoisse, à des nuances différentes. Dévorés par des hyènes sur la banquise, chutant dans un précipice sans fond, ou enlevés par des humains pour être écorchés vifs, je devais à chaque fois supporter le désespoir perçant les yeux de mes enfants et mon impuissance face à l’horreur.

Le retour des belles nuits

19h30. Je sors de l’amphi, la tête pleine, pour découvrir le ciel nocturne. Peu surprenant à cette heure, dira-t-on, mais ce que je veux faire remarquer avant tout, c’est que cela faisait bien longtemps qu’il n’avait pas fait nuit et chaud. Car oui, en effet, après des mois à subir un froid glacial du matin au soir, il faisait doux. Ce sont ces instants que j’aime, lorsque les étoiles vous guettent timidement à travers les nuages et qu’un souffle, un soupir légèrement frais vous caresse la joue.

Certains se réjouissent des beaux jours, mais le soleil n’est bon qu’à projeter de belles lumières – très appréciables d’un point de vue photographique, certes – et à cuire les imbéciles. Il m’irrite, il m’insupporte, je le fuis dès que j’en ai le loisir.