rêve

Bleu nuit

La nuit coule et se languit. Bleue, la nuit lente et lisse. Elle ondule et glisse.

Une lueur qui tremble et qui jaillit, par-delà les ondes tranquilles. Une lueur qui naît. Une lueur qui commence à mourir. Déjà triste, déjà sourde, déjà blanche, la lueur. Et la poussière troublée qui souffle dans l’eau.

Elle s’étire, la lumière, elle se tord et se plie. Des doigts translucides qui ne s’achèvent pas, qui se tirent, qui se poussent, qui jamais ne repoussent. La nuit les recouvre de son voile, de son linceul, de son suaire et soupire.

Elle ondule et glisse. Bleue, la nuit lente et lisse. La nuit coule et se languit.

Poursuites

Une créature décharnée aux longs cheveux, une sorte de Gollum chevelu, cherche quelque chose dans un col de montagne. Il finit par la trouver : une dague maudite. Un petit bonhomme fragile et indescriptible, pas plus grand qu’une main, rejoint en toute amitié le maigre individu, venant s’enquérir de son avancement. Celui-ci lui jette un regard noir, un sourire malsain perceptible derrière ses longs cheveux noirs. Soudain, il saisit violemment son petit compagnon et lui entaille légèrement la gorge, d’où s’échappe une noisette de sang gris et visqueux.

La créature part ensuite rejoindre le camp, le petit être souffrant dans sa main droite. Les camarades, portant des capes par dessus leurs armures pour se protéger du froid, sont inquiets. La maigre créature vomit de perfides mensonges pour expliquer la situation, tandis que le fragile bonhomme ne peut parler pour le dénoncer, luttant contre le poison. Bientôt, de sa plaie se développe une tumeur de viande écorchée qui lui recouvre presque tout le visage. Le Gollum chevelu se jette sur l’un des compagnons, qui parvient à se défendre de justesse. Sa perfidie dévoilée, le monstre s’enfuit.

Le petit bonhomme tente d’arracher sa tumeur, la déchirant douloureusement avec ses doigts. Ça se décolle ; il sera à jamais défiguré.

~

Notre groupe est réuni dans une sorte de parc. On m’emmène à part. Nous sommes deux. On me dit qu’en fait, ça aurait pu être possible entre nous, si j’avais insisté. Je ne sais pas si je dois le prendre bien ou mal. Une tempête de pluie arrive soudain, nous devons fuir vers la voiture. C’est le bordel avec les sacs. Je tends lui la main.

~

Je suis dans un manoir. J’ai l’impression d’être dans un jeu vidéo effrayant, mais il y a quelque chose d’atrocement réel.

J’entends des voix, des sifflements. Ils arrivent. Des vampires. Je me précipite dans un couloir, ouvre la première porte à portée de main. C’est une chambre avec des rideaux blancs. Le bruit de leurs pas résonne dans le couloir : je me cache dans le placard. Silence. Dans ma plus grande horreur, ils ouvrent la porte et pénètrent dans la pièce où je suis caché. Sans pouvoir l’expliquer, je peux voir à travers les portes du placard comme derrière une vitre. C’est normal.

Ils discutent, cherchent vaguement quelque chose sans trouver. Ils décident de partir, mais deux femmes restent. Elles veulent de l’intimité. Elles se frottent et commencent à se déshabiller : je me cache plus loin, derrière le linge pendu, pour ne pas supporter cette vue. Mon dos se cogne au fond du placard. Elles m’ont entendu.

Je sors en trombe, bousculant les deux succubes avec les battants, et me jette dans le couloir. Je cours, je cours à en perd haleine, tandis que j’entends des dizaines de voix me poursuivre.

Je creuse dans un mur derrière lequel se trouve le repaire d’une araignée géante. Je ressors et me cache non loin. Un vampire décide d’aller voir dans le trou, certain de m’y trouver. Il se fait dévorer par le monstre, son cri d’agonie réveillant la progéniture de la tisseuse. Une multitude d’œufs éclosent, les vampires paniquent.

J’en profite pour m’enfuir, mais je glisse dans un tunnel de toile grise. Dans ma chute, je sens les pattes innombrables d’araignées cachées dans les parois.

J’atterris dans un monde souterrain, où la civilisation semble s’être rassemblée et tente de se reconstruire après une apocalypse. Les vampires et les humains cohabitent, mais ces derniers sont au plus bas de l’échelle sociale et vivent dans des conditions déplorables. Je retrouve de vieilles connaissances. Certaines survivent farouchement, avec le désir brûlant de se libérer de l’oppression. D’autres collaborent avec les immortels, sont parfois devenus comme eux.

Juste

Ils se sont tous tournés contre moi. Je me lance dans un long discours, parfois incisif, pour me justifier. Ils me rétorquent que ce besoin de justification les dégoûte.

Pourquoi ? Dis-je des énormités ? Les ai-je vexés par la justesse de mes mots ? Ou bien se fichent-ils totalement de l’injustice, ne voulant qu’assouvir le besoin d’exclure un autre du groupe, besoin répondant à la crainte d’être soi-même banni ?

Que dois-je faire si je ne peux pas me défendre ?

Cela se poursuit au lit, avec à la fois vigueur et tendresse, avec un goût de fin empli de douceur et d’amertume. Mais au plaisir se mêle un triste malaise, c’est peut-être un viol… Mais qui viole qui ?

Tuyauterie

Jet humide aussi surprenant qu’effroyable, aussi inattendu que redoutable. Il asperge tout d’une façon impitoyable et d’une précision digne d’un tireur d’élite. On n’a jamais vu ça, on ne l’a jamais imaginé ou envisagé sa moindre possibilité. Mais pourquoi pas ?

Un chat confortablement allongé sur la tête d’un divan qui, en se retournant paresseusement, urine.

Ils vous aiment lorsque vous faites les couvertures. Mais si vous ne faites plus rêver…

Histoires de chats célèbres ne pouvant plus assumer leur rôle.

Il y en a un, brun tigré, qui s’est retrouvé paralysé. Seules une partie de sa gueule et sa patte avant droite arrivent encore à se mouvoir, se débattant furieusement contre son impuissance. Sa maîtresse, agitée de sanglots, le plonge dans une cuve de plastique transparent rempli d’eau, tandis qu’une foule les encercle en les assaillant de flashs d’appareils photo. Le chat hurle son désespoir, il tente de lutter contre cette injustice. Il veut s’échapper, il veut pouvoir bouger. La maîtresse essuie ses larmes puis, les doigts imprégnés de sa tristesse, enfonce un médicament dans la gueule de son minou tant aimé. Elle saisi alors délicatement sa petite tête de ses deux mains, l’embrasse entre les deux yeux, puis le noie.

Famille, fromage et Big Brother

« Ton père nous a dit que tu n’allais pas très bien… »

Ah bon. Et qu’est-ce que ça peut leur faire ? Ils ne me connaissent pas. Les liens familiaux ne font pas tout.

Une grosse vague s’est écrasée sur notre table, arrosant ce met immonde qu’ils appellent fromage. Tant mieux, ils arrêteront de s’en goinfrer.

Il faut se cacher. Une salle pleine d’ordinateurs et d’enfants. Une dame nous dit qu’il faut désigner des otages. Je lève la main pour me déclarer non volontaire. Ils font sortir deux mômes d’à peine six ans.

Un rebelle m’a entraîné malgré moi dans sa fuite. Maintenant, je suis aussi poursuivi alors que je n’ai rien demandé. Je le déteste, mais je suis bien obligé de le suivre, je sais ce qu’ils font aux gens qui ont l’air de ne pas aimer Big Brother. Après avoir couru longtemps dans un bois, nous voilà enfin dans une rue. Il me dit qu’il faut se séparer, puis traverse et part à gauche. Je m’apprête également à partir sur la gauche, lorsque je me fais soudainement attraper. Plusieurs coups sur le visage. Je crois que j’ai perdu des dents. Le chef de l’escouade de police me demande où est parti le rebelle. Je pointe le côté droit de la rue. Même si je déteste ce type pour avoir perturbé mon morne train de vie, personne ne mérite le châtiment de ceux qui défient Big Brother.

Ils me relâchent, m’intimant de les suivre pour rentrer chez moi. Je sais que je ne reverrai pas mon appartement, ils vont m’emmener, me torturer, me briser. Ils parlent entre eux, se donnant des ordres, ne me regardant pas. J’en profite pour traverser la rue et entre dans un magasin de vêtements. Trop de couleurs, trop de lumières. Mon œil saigne. J’essaie de marcher le plus normalement possible, je ne dois pas avoir l’air de fuir. Je vais aux toilettes, pisse un coup et ne tire pas la chasse. Monte la cuvette et grimpe dans le conduit d’aération. Vais à droite. Pas d’issue.